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Le dernier post   Par Stéphanie et Jérémie 

Traverser l’Antarctique – cette idée est née il y a quelques années, lors d’un déjeuner entre deux rendez-vous dans un bistrot parisien. Nous ne nous souvenons plus lequel d’entre nous a soufflé l’idée à l’autre mais, si on sait de certaines idées à la seconde où elles sont énoncées qu’elles n’aboutiront jamais, celle-là si folle puisse t’elle paraître, ne nous a plu jamais quittés, l’un comme l’autre. A partir de ce jour-là, nous étions intimement convaincus, qu’un jour, nous tenterions de traverser le continent Antarctique.

Vous avez été nombreux à nous challenger avant le départ, mais aussi avant que nous soyons sûrs de pouvoir partir. Amis, partenaires, proches, moins proches. Nous n’avons pas toujours pu répondre à vos interrogations, car nous n’avions pas toujours les réponses. Une marque d’équipements outdoor a renoncé à soutenir l’expédition car elle craignait que nous décédions en Antarctique. Même si nous n’avons jamais douté jusqu’au départ de l’expédition, l’ampleur de la tâche qui nous attendait était telle que nous ne pouvions tout simplement pas être certains de réussir.

Ce n’est qu’en contemplant l’immensité de ce désert et en se projetant sur une perspective de près de trois mois dans un froid extrême, lorsque le Twin-Otter nous a déposés sur le point de départ de l’expédition le 14 novembre dernier que le doute nous a envahis un instant. Est-ce que le challenge n’était pas trop grand cette fois ? Qui n’aurait pas douté en pareille situation ?

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Nous avons essayé sur le blog et sur Facebook de raconter notre expédition avec légèreté, à l’image de notre état d’esprit durant l’expédition – toujours rester positifs et garder le sourire, sous le masque !

Cela n’a pourtant pas toujours été facile, loin de là. Nous avons eu quelques moments de galère. Lorsque Stéphanie a été malade durant les premiers jours de l’expédition (certainement un virus contracté au Chili) et pensait alors qu’elle ne ferait même pas 200 kilomètres en Antarctique, un doute d’autant plus déstabilisant qu’il arrivait dans les premiers jours de l’expédition. Ou encore à 150 kilomètres du pôle Sud, lorsqu’un arceau de la tente casse et déchire une partie de la toile extérieure nous obligeant alors à envisager de skier jour et nuit en cas de gros vent pour rejoindre le pôle Sud où nous avions fait envoyer préalablement au début de l’expédition une autre tente identique à la première. Les deux dernières semaines durant lesquelles nous dormons 4 à 5 h par nuit, après avoir largué quasiment tous nos back-ups pour nous alléger et parvenir ainsi à accomplir les derniers 580 kilomètres dans les délais – souvent dans le white-out. Sans parler de toutes les fois où il faisait si froid à en pleurer – -50°C pendant plusieurs jours avant le pôle Sud – et où nous sommes passés si près de la gelure.

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Que restera-t-il de cette expédition ?

2.045 kilomètres parcourus à travers l’Antarctique en 74 jours, en passant par le pôle Sud. L’expédition en ski sans assistance la plus longue réalisée par une femme en Antarctique. La traversée en ski sans assistance la plus longue du continent. La première traversée par un couple. Etc.

Les chiffres ont pour nous peu d’importance, les records aussi. Ils seront, nous l’espérons, rapidement améliorés, par d’autres aventuriers qui iront en Antarctique réaliser leurs rêves.

Ce qui nous a portés durant toute l’expédition, et ce qui compte le plus pour nous, ce sont les liens que nous avons noués avec toutes les personnes qui nous ont soutenus avant et pendant l’expédition, toutes ces belles rencontres autour de ce projet qui ont donné du sens à chacun des kilomètres parcourus.

Merci à l’Association Petits Princes de réaliser toujours plus de rêves d’enfants. Vous soutenir dans le cadre de cette expédition a toujours été un de nos principaux objectifs. Et cela s’est progressivement révélé être pour nous une source incroyable de motivation.

Merci à Aéroports de Lyon, et en particulier à son président Philippe Bernand, pour avoir cru en nous et en notre capacité à porter les engagements et valeurs de votre entreprise.

Merci à la station de Courchevel pour son indéfectible soutien depuis le début de l’aventure. Merci pour votre sympathie, votre dynamisme, votre engagement à nos côtés. Nous aimons cette station pour les personnes qui la font et pour le sport de haut niveau dont elle porte haut et fort les couleurs.

Merci au cabinet Paul Hastings pour le soutien que vous nous apportez et pour nous avoir suivis pas à pas tout au long de l’aventure.

Merci à la Fondation Hermès pour avoir sélectionné notre expédition parmi les projets que vous soutenez.

Merci à tous nos partenaires – entreprises et personnes physiques – qui ont contribué ensemble à la réalisation de cette expédition.

Merci à Louise, responsable du blog, et à Emilie et Dom de Courchevel Tourisme, responsables des relations presse, les seules personnes avec lesquelles nous avons été en contact régulièrement pendant 74 jours. Vos mots d’encouragement nous ont toujours boostés. Vous n’imaginez pas à quel point nous étions contents le midi ou le soir en allumant notre téléphone satellite de voir s’afficher « receiving messages for runnerstothepole ».

Merci à tous ceux qui portent avec nous les différents projets de partage autour de l’expédition, en particulier à Kyriakos, Delphine, Fabienne (partage de l’expédition en image), à la seconde 8 du Lycée Saint-Sauveur ainsi que ses professeurs Richard et Sebastien, et aux classes de 6ème B et 6ème C du Collège Jean Boucheron et son professeur Bruno (projet pédagogique).

Nous allons continuer à faire vivre ensemble ces différents projets, que nous partagerons sur notre page Facebook Runners to the Pole (page publique).

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Merci à nos amis aventuriers.  Vous avez cru en nous et cela nous a réellement motivés tout au long de la traversée. Nous espérons que vous serez fiers de ce que nous avons accompli grâce à vos précieux conseils.

Un grand merci en particulier à Dixie Dansercoer, pour tes conseils avant l’expédition, les entraînements avec toi, tes messages d’encouragement pendant l’expédition qui nous sont bien parvenus.

Merci aussi à Tarka Lherpinière pour nous avoir tout dévoilé sur les longues expéditions – sans détour – même si la réalité pouvait parfois être difficile à entendre. Nous avons été d’autant plus forts lorsque nous avons été confrontés à celle-là. Il nous tarde de te revoir lors de compétitions cyclo ou de ski-alpinisme à Courchevel.

Merci également à Nicolas Vanier, pour ton soutien avant notre départ. Comme tu nous l’avais suggéré, ton numéro de téléphone était soigneusement enregistré dans le répertoire de notre téléphone satellite au cas où.  C’était très réconfortant de t’entendre début novembre dans le cadre d’une émission radio. Tu étais alors le seul à pouvoir imaginer la situation dans laquelle nous étions, recroquevillés dans notre tente pour pouvoir prendre l’appel à l’abri du vent !

Merci à nos proches, qui, on le devine, n’ont pas dû toujours bien dormir durant ces trois derniers mois.

Nous avons fait route avec un Norvégien qui avait le même rêve que nous – traverser l’Antarctique.  C’était la première fois qu’il venait sur ce continent. Nous sommes ravis pour lui qu’il ait pu atteindre son objectif. Même si une telle aventure à trois n’est pas toujours simple, nous avons su joindre nos forces et nos qualités pour atteindre ensemble cet objectif commun. Il guide parfois des skieurs en Norvège et au Groenland. Nous espérons pour lui que l’expédition qu’il vient d’accomplir lui permettra d’obtenir les accréditations nécessaires pour pouvoir, à l’avenir, guider aussi en Antarctique notamment sur le Last Degree comme il le voudrait. Nous lui souhaitons en attendant un bon retour en Norvège et une bonne reprise le 9 février dans ses fonctions à l’hôpital de Larvik.

IMG_0490Nous découvrons petit à petit les messages que vous nous avez laissés durant l’expédition – nous avons reçu des centaines de messages, il nous faudra un peu de temps pour y répondre ! Nous n’avions aucune nouvelle extérieure pendant toute l’expédition n’ayant pas accès à internet. Nous avions aussi demandé à Louise de ne nous donner aucune nouvelle, à l’exception de quelques messages d’encouragement, car une mauvaise nouvelle apprise dans un environnement extrême dont il n’est pas possible de sortir rapidement aurait pu réellement nous mettre en danger. Nous apprenons donc peu à peu tout ce qui s’est passé durant les trois derniers mois, et venons notamment d’apprendre avec grande tristesse les événements tragiques qui ont eu lieu dans notre ville, dans notre pays, début janvier.

Le dernier Iluyshin a donc quitté l’Antarctique, laissant déserte la base de Union Glacier. Dans quelques jours, le vent forcira emportant nos dernières traces de ski laissées ci et là à travers le continent. Nous savions que ces traces seraient éphémères, mais d’autres, nous l’espérons, viendront à nouveau arpenter bientôt ce désert de glace. Entre temps, la nuit permanente enveloppera ce continent, le rendant encore plus hostile, inhospitalier, et rude. Même si nous sommes, seuls, bien peu de choses face à l’immensité de l’Antarctique, ce continent a besoin de toute notre attention et notre protection.

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Nous ne savons pas si nous aurons la chance de revenir un jour en Antarctique, alors c’est avec beaucoup d’émotion que nous avons skié, pendant près de 16 heures, le 26 janvier, pour rejoindre la Barrière de Ronne, le terme de notre expédition. Une journée commencée dans le brouillard, avant que l’horizon ne s’éclaircisse peu à peu, au loin, très loin. Contourner les crevasses et poursuivre cette interminable descente vers l’arrivée. Le regard qui fuit, qui cherche quelques ultimes repères, et le corps qui poursuit son effort sans relâche, mécaniquement. Le GPS qui affiche les derniers kilomètres, le dernier kilomètre. Et puis déchausser une dernière fois les skis. Les regards qui se croisent, en silence. Une étreinte et des pensées qui se bousculent. Le temps qui s’arrête, le temps de l’expédition. Savourer ce moment comme tous les autres. Plus que les autres.

Partir.

Et puis se projeter à nouveau.

Stéphanie et Jérémie

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Across Antarctica 2014 soutient l’Association PetitS PrinceS.
logo_petitsprincesAidez-nous à réaliser un rêve d’enfant chaque jour de l’expédition en participant – virtuellement – à l’expédition.